Rencontres

Liberté-Hebdo : Le témoignage de Marc Dolez

Marc Dolez: Co-fondateur du Parti de gauche avec Jean-Luc Mélenchon, Marc Dolez a pris ses distances depuis 2012. Député Front de gauche, il soutient le communiste Charles Beauchamp dans le Douaisis et milite la recomposition d’une gauche fidèle à ses valeurs. -* Quels enseignements retenez-vous des résultats de l’élection présidentielle ? • Le score de Marine Le Pen est plus élevé dans le Nord-Pas de Calais qu’en France, particulièrement dans le sud du Nord et le bassin minier. De ce point de vue, la stratégie de la France insoumise pour les législatives n’est pas à la hauteur ni des scores du premier tour, ni des enjeux de la période. Partir en ordre dispersé revient à empêcher d’avoir beaucoup de députés de gauche à l’Assemblée nationale. -* Les sondages sur les intentions de vote aux législatives soulignent la dynamique des candidats En Marche.Qu’en pensez-vous ? • Le paysage n’est pas encore complètement établi. Il est très difficile, à partir des résultats de la présidentielle, de faire des projections par circonscription. Les législatives, ce sont 577 élections différentes, une par circonscription. -* Croyez-vous à une dynamique Macron pour le prochain scrutin ? • Depuis que les législatives suivent la présidentielle, ces élections ont toujours confirmé que les Français voulaient donner au président élu une majorité pour mettre en œuvre sa politique à l’Assemblée nationale. Cette fois, il y a une interrogation. Emmanuel Macron n’a pas recueilli une majorité de suffrages par adhésion. Beaucoup d’électeurs au premier tour l’ont choisi pour éviter un second tour Le Pen-Fillon puis, au second tour, pour faire barrage à Le Pen. C’est une leçon importante. Elle ne semble pas avoir été tirée par le président de la République, bien décidé à mettre en œuvre sa politique. -* Quels sont les moyens de l’infléchir ? • Le meilleur moyen, c’est d’envoyer le maximum de députés de gauche à l’Assemblée. Ils pourront s’opposer et proposer au président qui vient de choisir un Premier ministre de droite. Pour ceux qui avaient des doutes sur la politique du président, ils n’en ont plus. J’ai beaucoup aimé la formule de Pierre Laurent : ce gouvernement n’est « ni de gauche, ni de gauche ». On voit bien la logique entre le président et son Premier ministre, qui ont en commun la volonté de poursuivre les politiques d’austérité? et de décliner les orientations dictées par Bruxelles. A Berlin avec Angela Merkel, Emmanuel Macron a dit qu’il conduirait les réformes «nécessaires ».C’est assez clair : c’est dans la droite ligne de ce que disent Bruxelles et les Allemands. Le premier texte du gouvernement, sur la moralisation de la vie politique, verra se dessiner, a priori, un certain consensus. Mais le premier vrai grand texte concernera l’habilitation demandée parle président pour gouverner par ordonnances, avec la casse annoncée du code du travail. -* Quelle est votre crainte sur ce sujet ? • Le projet d’Emmanuel Macron est d’aller plus loin que la loi El Khomri,de faire ensorte que toutes les questions liées au travail (conditions de travail, horaires, salaires, etc.) soient discutées au niveau de l’entreprise. C’est la remise en cause du principe de faveur, qui faisait jusqu’alors qu’un accord d’entreprise ne pouvait pas être moins favorable que l’accord de branche qui, lui, ne pouvait pas être moins favorable que le code du travail. C’est une régression importante. Que le quinquennat démarre par ce projet de loi est significatif.Et s’il démarre si mal,il ne peut que mal se passer. Il n’y a pas eu, le 7 mai , une majorité pour une telle politique. L’imposer d’entrée, qui plus est par ordonnances, ne peut qu’amplifier la crise politique dont on a vu les effets au premier tour de la présidentielle. Le premier tour du scrutin présidentiel a révélé une France fracturée :la carte électorale se dessine en fonction des régions et des catégories sociales. Le politologue Jérôme Sainte-Marie (dans l’Humanité du 15 mai, ndlr) parle d’« un vote de classe d’une puissance inédite, du moins depuis les années 1970 ». Ne pas faire cette bonne analyse et vouloir imposer au forceps - par ordonnances - davantage d’austérité? et de compétitivité, c’est prendre le risque de renforcer la crise politique. -* Député,vous avez toujours agi aux niveaux national et local.Quel chantier vous a marqué ? • Pendant l’examen de la loi travail, il y a eu une articulation étroite entre les députés du groupe de la gauche démocrate et républicaine, dont faisaient partie les dix députés Front de gauche, avec les organisations syndicales, particulièrement dans leurs circonscriptions. Quand on est de gauche, cette articulation est indispensable.Cette articulation est au cœur du mandat de parlementaire, dans la droite ligne des Cahiers de doléances de 1789. On est ainsi à même d’élaborer des textes ou de s’opposer aux projets de loi. A dix, nous nous sommes battus comme si nous étions dix fois plus, pour s’opposer et proposer. Pour chaque texte, nous avons eu le souci de regarder ce qui constituait une régression. Au cas par cas, on a exigé d’être le plus utile possible. On vote des textes qui concernent la vie des gens. -* Vous soutenez la candidature de Charles Beauchamp pour vous succéder. Pourquoi ? • Je travaille avec lui depuis de nombreuses années. Nous partageons la même conception de est de rassembler la gauche sur des orientations de transformation sociale. Après la séquence électorale, c’est une nécessité absolue. -* Avec qui à gauche, alors ? • Peuvent se retrouver dans cet objectif des gens qui sont dans des situations et des organisations différentes : des communistes, des hamonistes, des écolos et sûrement des mélenchonistes. Une fois les élections passées, que fait-on ? On a besoin d’une gauche de transformation sociale, qui combatte l’austérité, et qui parallèlement soit en mesure de gouverner. Etre seulement dans la protestation n’a aucune utilité. Je participerai volontiers aux réflexions pour la reconstruction d’une telle gauche. Des forces sont disponibles. Il faut désormais trouver les voies et moyens pour construire des alternatives. Je ne crois pas à la thèse des deux gauches irréconciliables.

Les autres articles

Recevoir l'infolettre :

RSS

Une démarche initiée par des {{citoyen-nes, des acteurs du monde associatif, syndical et politique}} et soutenue par le PCF / Front de Gauche